11 juin 2024
Kit Stardancer voudrait être un phare pour d’autres. En racontant son histoire, cette contrôleuse de la circulation aérienne vise à créer des espaces inclusifs à NAV CANADA et à aider d’autres personnes à se sentir à l’aise de se montrer authentiques.
« Je reviens tout juste de la Conférence sur les femmes canadiennes dans l’aviation », raconte Kit Stardancer, contrôleuse de la circulation aérienne au Centre de contrôle régional (ACC) de Toronto, de NAV CANADA. « Quelle aventure incroyable! »
La passion de Kit pour l’aviation et l’aérospatiale est palpable (même son chat s’appelle Tarmac). « Mon amour de l’aviation vient de ma passion pour l’aérospatiale et l’espace en général. Dès l’âge de quatre ou cinq ans, je disais déjà aux gens avec enthousiasme que je voudrais un jour travailler en astrophysique. Plus tard, j’ai étudié l’espace et les sciences de la communication à l’université dans l’espoir de participer au Programme des astronautes canadiens. »
Pendant son adolescence, des événements ont chamboulé ses trajectoires de vie et de carrière. Tout a commencé en 1998, lorsqu’à l’âge de 17 ans, Kit a révélé à sa mère être transgenre. Celle ci lui a alors manifesté un appui sans équivoque. À la recherche de soutien professionnel, Kit s’est toutefois vu refuser tout soin d’affirmation de genre. Les humiliations que lui ont fait subir le système médical, conçu pour traiter les personnes transgenres et de genre non conforme comme si elles avaient des troubles mentaux, ont fini par provoquer de la confusion et une grande solitude.
« Dans les années 1990, les personnes transgenres ne m’apparaissaient que comme la cible de blagues et de moqueries, des victimes d’intimidation. Dans ce contexte, je ne me sentais évidemment pas à l’aise d’affirmer mon identité de genre. » L’intimidation était le quotidien de Kit. Ces sentiments de rejet n’ont fait qu’empirer lorsque les spécialistes en santé mentale lui ont reproché de ne pas vraiment connaître son identité.
« J’ai souffert d’une dépression majeure. Je n’ai pas pu terminer mes études universitaires. J’ai longtemps souffert de dysphorie de genre et je vivais malgré moi une double vie : j’essayais d’être quelqu’un que je n’étais pas. » Si sa demande de soins avait été acceptée, les choses auraient pu être bien différentes.
Aujourd’hui, plus de 20 ans plus tard, Kit vit enfin dans la joie. Même s’il est difficile de raconter son histoire, iel le fait avec bravoure et sincérité. Kit a de beaux cheveux longs teints en rose et en bleu, un sourire radieux et une énergie vibrante qui se ressent même en réunion sur Microsoft Teams. Kit est une femme trans demi-fille (une identité de genre non binaire correspondant au genre féminin) anglophone qui utiliserait le pronom « iel » en français, et l’accord au féminin dans les cas où il s’impose.
Kit, qui a franchi beaucoup d’obstacles au cours de sa vie, veut maintenant être un phare pour d’autres et créer un lieu de travail inclusif où ses collègues se sentiront en sécurité. « Je parle fort et je suis bien visible, et il y a des gens qui me voient, avec mes cheveux et mon cordon aux couleurs du drapeau trans, et se sentent alors en lieu sûr. Des gens qui n’ont pas encore affirmé leur identité de genre viennent me voir tout le temps et me remercient d’être visible. Cela m’apporte beaucoup de joie, car c’est ce dont j’avais besoin dans ma vie. J’avais besoin de cela quand j’étais jeune, et je ne l’avais pas. »
Cependant, arriver à être soi-même a été pour Kit un parcours difficile qui a pris des années. Kit n’a repris le travail à l’ACC de Toronto que récemment, après un congé de quatre ans et demi, à la suite de la perte de la personne qui partageait sa vie depuis 13 ans. « Pendant mon congé, mon père est également décédé. Ça a été très difficile. » Sous le choc de cette perte, Kit était en quête de guérison. Avec le soutien de NAV CANADA, iel a suivi en établissement un programme de réadaptation en santé mentale à Victoria, en Colombie-Britannique.
« Le personnel de ce centre était attentif et ouvert, si bien qu’à mon arrivée en traitement avec tant de chagrin, de honte et de culpabilité, il m’a montré à accepter que mes besoins étaient importants et à m’afficher comme je suis. C’est ici que, pour la première fois, j’ai été suffisamment à l’aise pour demander que mes pronoms soient respectés et que j’ai essayé mon nouveau nom. Voir « Kit » pour la première fois sur un horaire imprimé m’a fait beaucoup de bien. »
Dans cet environnement accueillant et encourageant, Kit a finalement pu faire sa transition et affirmer son identité afin de pouvoir, une fois prête, retourner au travail avec une expression de genre qui correspond à son sentiment intérieur. « J’espère que le récit sincère de mon expérience montrera aux gens à quel point les soins en santé mentale sont importants. La prestation des bons soins au bon moment peut changer la vie d’une personne positivement; j’aurais aimé y avoir accès au début de mon parcours. »
Aujourd’hui de retour au travail, Kit espère que son histoire aidera d’autres personnes à se sentir à l’aise de se montrer telles qu’elles sont. « Je consacre désormais beaucoup moins d’énergie à porter un masque qui ne me convient pas, ce qui libère mon esprit pour créer des relations plus agréables et plus significatives. »
Cependant, il n’est pas toujours facile de faire preuve d’autant d’ouverture. Kit reconnaît devoir faire preuve de patience lorsqu’iel répond à des questions bien intentionnées qui peuvent découler d’un manque de compréhension. Si la société a bien progressé depuis les années 1990, il reste encore autant de chemin à parcourir. « Cela dit, je préfère de loin consacrer mon temps et mon énergie à contribuer à la construction d’un espace plus sûr et inclusif pour l’avenir, plutôt que pour me cacher. »
Depuis son retour au travail, Kit a rallié le groupe de ressources pour le personnel (GRP) 2ELGBTQIA+, une communauté inclusive dont les membres établissent des liens de fraternité et de solidarité autour de leur vécu similaire. « Les membres ont en commun la solitude ressentie avant la mise en place du groupe. Nous sommes un groupe dynamique et diversifié de personnes issues de tous les secteurs de la Société, et nous avons beaucoup à offrir en tant qu’individus et en tant que groupe. Notre travail ne fait que commencer. »
À ce jour, le GRP a pour mission de faire entendre la voix du personnel 2ELGBTQIA+ pour favoriser l’inclusion en milieu de travail et plaider en faveur d’engagements concrets plus significatifs en vue de soutenir les personnes marginalisées au sein de la Société.
NAV CANADA accorde une grande importance à l’alliance inclusive. « Selon moi, une alliée ou un allié est une personne qui est prête à contribuer à la cause activement. L’alliance inclusive, c’est intervenir à ma place pour corriger l’utilisation des pronoms. C’est choisir sciemment de ne pas soutenir les organisations et les personnes qui sont publiquement anti-LGBTQ. C’est dénoncer le sectarisme au lieu d’en être témoin. Nous avons besoin d’un plus grand nombre de personnes qui s’opposent à celles qui tiennent des propos haineux et nuisibles. »
Kit se rend compte qu’iel a eu l’impression d’avoir besoin de la permission des autres pour affirmer son identité alors que ça n’aurait pas dû être le cas. « Reconnaissez que la personne à côté de vous fait peut-être partie de la communauté 2ELGBTQIA+ mais n’a pas encore affirmé son identité parce qu’elle ne se sent pas à l’aise de le faire. »
Kit Stardancer